Utilité des parades amoureuses

Les parades amoureuses et leur utilité.

Ghislain AERTS

 

 

      L'arrivée du printemps, est le signal pour la plupart des espèces pour se lancer dans des parades amoureuses de tout style. Étonnamment, je trouve que beaucoup d'amateurs ne connaissent pas les différents rites et la réelle utilité de ces parades.  

      La parade du chardonneret avec ses nombreuses rotations sur lui-même, les ailes pendantes sert au mâle à montrer qu'il est le plus beau, que son habit est éclatant de lumière et donc qu'il est en parfaite santé. Sa femelle y répond volontiers et de plus en plus au fur et à mesure que le bon moment pour l'accouplement arrive. Le mâle va y répondre très souvent en prenant du matériel dans son bec et en pénétrant dans le nid en poussant des cris "chuintifs". Cette parade s'exécute en couple et est un signal pour les autres individus. Le chardonneret vit très souvent en colonie et la défense du territoire se limite aux environs immédiats de l’endroit choisi pour la nidification. 

  La parade des serins cinis et des verdiers est plus ou moins comparables, ils délimitent leur territoire en faisant des circonvolutions dans le ciel dignes des plus beaux loopings des meetings aériens. Pour cela ils volent d’une façon tout à fait caractéristique, je les comparerais à des chauves-souris et ils paraissent beaucoup plus grands qu’au naturel. Le chant est continuellement émis durant cette parade et cet exercice précède souvent de peu l’accouplement. Ils mettent en valeur leur magnifique couleur jaune et leurs femelles semblent y être sensibles. Ces deux oiseaux, généralement bons compagnons de volière peuvent devenir des dangereux tueurs pour les autres oiseaux cohabitant dans la même volière. Même le petit cini se révèle parfois un véritable meurtrier en série. Il peut parfois être un danger pour sa compagne si celle-ci tarde à monter en « feu ». 

  La parade du bouvreuil est certainement la plus amusante à observer, le mâle bouvreuil n’a pas peur de faire le clown pour attirer le regard de sa partenaire. Il se charge très souvent de la recherche de l’emplacement idéal du nid, dans nos élevages on peut le voir pénétrer dans le nid semblant dire à sa femelle : « nom de Dieu, alors tu t’y mets, tu vois bien que c’est ici l’endroit idéal ». Il cherche souvent à entraîner sa femelle sur le sol du box pour commencer à tourner autour d’elle en roulant des épaules et en « roucoulant » des sons gutturaux. Je crois que c’est la trop grande particularité de cette parade qui fait que le mâle bouvreuil n’est jamais accepté par les autres femelles proposées par les éleveurs amateurs d’hybrides. Et peut-être également le fait que lors de la copulation beaucoup de mâles n'hésitent pas à monter sur le dos de la femelle comme un cavalier le fait sur sa monture. Attention, le mâle bouvreuil peut se révéler un partenaire trop fougueux et aller jusqu’à massacrer sa femelle. Même si on remarque de plus en plus dans les élevages que la sélection a permis d’obtenir des oiseaux de caractère nettement moins virulents que les nouveaux issus de la nature. 

  La parade du pinson est certainement celle que j’ai le plus souvent observée. Mais elle n’est en fait que l’aboutissement d’un cheminement de différents rites qui occupe le couple durant le mois qui précède la première nidification. Le mâle se choisit un territoire et il va le défendre contre toute intrusion de la part des autres mâles de son espèce. Pour signaler qu’il est présent sur ce territoire il va émettre son chant à partir de différents postes. Son chant sert aussi à attirer une femelle, et la femelle est sensible à la puissance, à la fréquence, et selon certains auteurs les femelles seraient plus ou moins enclines à ne s’accoupler qu’avec des oiseaux émettant des chants semblables aux chants émis par les mâles de leur contrée natale. Si pour l’oreille humaine, il y a une grande variété de dialectes de chants de pinsons, l’analyse visuelle des sonogrammes montre que finalement les chants sont finalement très proches les uns des autres. Ce qui les différencie tant à nos oreilles humaines semble être la fréquence d’émission. Mais ici le mot fréquence ne doit plus être compris comme rythme répétitif mais comme fréquence hertzienne. En y réfléchissant, c’est normal car comment comprendre autrement qu’un pinson de Suède ou d’Italie soit capable de reconnaître qu’un pinson belge ou allemand vient d’émettre un chant et qu’il doit aller le chasser de son territoire. J’ai d’ailleurs remarqué que certains de mes enregistrements de chants sur cassettes audio étaient parfois très ressemblants à des chants émis dans d’autres régions de Belgique quand les piles de mon enregistreur avaient tendance à faiblir. Autre exemple très étonnant est le fait que certains amateurs de chants de pinsons confondent deux « dialectes » de pinsons. Ainsi mon beau-père (qui a de plus en plus de difficultés auditives dues à de longues années passées dans le bruit incessant des machines à tisser la laine) ne parvient plus à distinguer les « Rodidju » de la région germanophone des « Waititieu » ardennais de Saint-Hubert. J’ai fait un essai avec ces deux chants et effectivement quand on parvient à ralentir la vitesse de défilement de la bande audio, l’un peut passer pour l’autre. Donc les personnes qui ne perçoivent plus certaines fréquences (généralement les plus aigües) comprennent le chant différemment. Ce qui pourrait expliquer les différences dialectales humaines ou animales…On répète ce que notre oreille entend… Ne dit-on pas d’une personne douée pour la musique qu’elle a une bonne oreille… Mais je me laisse emporter et je m’éloigne de mon premier sujet traité… 

Il faut savoir qu’une femelle pinson n’accepte le mâle que quand celui-ci lui a prouvé qu’il était le père idéal pour la progéniture future. Donc après que la femelle ait accepté de vivre avec le mâle dans le territoire conquis par celui-ci, la femelle a besoin de preuves autres que le chant du mâle. Les semaines qui vont précéder l’accouplement vont donc servir au mâle à courtiser la femelle. Les jeux amoureux sont constitués par des poursuites incessantes et des nombreuses demandes d’accouplement. C’est souvent pendant ces joutes que nos mâles d’élevage, profitant du manque d’espace pour une fuite au moment du refus de copulation, en viennent à attraper la femelle et à la martyriser parfois jusqu’à la mort. Le réel but n’est pas atteint car après une période de dominance du mâle dans le couple doit suivre une période de codominance de la femelle courtisée. Personnellement, j’irai même jusqu’à sous-entendre une dominance complète de la femelle pour la gestion « des affaires courantes du ménage ». 

  Quand la femelle a eu le temps de préparation nécessaire au bon mûrissement de ses organes génitaux, elle commence à adopter une position de copulation que j’ai déjà décrite dans l’article concernant l’élevage du pinson. Les premières fois, quand le mâle se présentera pour la copulation, elle aura souvent tendance à abandonner la position et à lancer un coup de bec vers son partenaire. (comme pour toutes les femmes !!! , elle ne veut pas se montrer trop facile). Mais si dans la nature c’est sans risque pour elle car elle a de l’espace pour se soustraire, dans nos boxes on peut dire qu’elle prend de nouveau des risques car son compagnon peut s’énerver… Après quelques esquives elle commencera à accepter la copulation, mais là elle devient parfois trop gourmande et après dix, quinze fois le mâle ne peut plus la satisfaire. Et il peut également en devenir agressif et de nouveau danger pour la vie de la femelle. Vous comprendrez dès lors que l’élevage du pinson demande de la chance et de l’observation. 

   Dans la nature, la femelle pinson quand elle est au sommet de sa forme amoureuse ne rechigne pas à accepter les copulations des mâles du voisinage, et c’est pour cela que les mâles pinsons sont souvent agressifs envers leurs semblables. (Evidemment, on voit rarement un cocu heureux de l’être)… Mais la femelle fait cela uniquement dans le but d’augmenter ses chances d’être fécondée…C’est commandé par son instinct. 

   La parade des moineaux domestiques est très remarquable elle aussi. Beaucoup de personnes ont déjà remarqué les piaillements et les poursuites pouvant être assimilées à des bagarres entre congénères. En y regardant plus attentivement, on remarquera que la volée de moineaux qui crient à tue-tête dans la haie est en fait constituée d’une seule femelle et d’un groupe important de mâles qui se dispute ses faveurs. Là aussi, on remarquera que souvent il y a poursuite sans que celle-ci ne se termine par copulation. Donc là aussi c’est une façon de mettre les femelles en condition. J’ai détenu pendant quelques mois une femelle de moineau qui ne savait plus voler et les jeunes mâles venaient piailler bruyamment contre le grillage de la volière 3,4 jours avant que je ne retrouve des œufs dans un semblant de nid dans un coin de la volière…J’avais pensé à détenir un mâle mutant pour l’année suivante mais une mauvaise mue de ma femelle en a décidé autrement.

 

AERTS GHISLAIN

Traducteur du livre « Il cardellino » de Massimo Natale

 

©Copyright "Entente Toulousaine Ornithologique" 2013, tous droits réservés

L'ARTICLE DU MOIS

 

Les chats tuent des milliards d'oiseaux

 

  • Article du Figaro publié 31 01 2013

 

 

                                                      

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