Lazare ... petit Forbes élevé à la main

Lazare ... petit Forbes élevé à la main

 

 

J’élève des oiseaux exotiques en volière extérieure depuis 6 ans.

Bengalis de Bombay, diamants de Bicheno, petits chanteurs de Cuba,

papes de Nouméa, diamants à queue rousse, tarins du Vénézuela et d’autres

encore se partagent les 12 m2 de ma volière plantée de bambous, lilas, lierre etc …

Au mois de mars 2008, un ami éleveur de la région Toulousaine (Jean-Claude Raynier

pour ne pas le citer) m’a offert un couple de diamants de Forbes (ou diamant

azuvert : Erythrura Tricolor).

Ces oiseaux étaient magnifiques et cela faisait longtemps que je rêvais

secrètement d’en avoir dans mon élevage.

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Ces petits estrildidés (9-10 cm) originaires des petites iles de la Sonde (Indonésie)

sont très vifs et possèdent un plumage bleu, vert et rouge magnifique.

L’élevage des ces oiseaux n’est pas facile car il faut qu’ils se sentent bien

dans leur environnement pour convoler.

Ile sonde

 

Les miens avaient profité d’un printemps clément et dès le mois de juin,

ils commencèrent à faire un nid. Fibre de coco, mousse, petites plumes trouvées

çà et là constituaient une belle boule douillette où la femelle ne tarda pas à pondre 3 œufs.

Sur les 3 œufs, seuls deux étaient féconds …

La couvaison se passa sans problème, le mâle et la femelle se remplaçant

régulièrement dans le nid.

Au bout de 14 jours, deux petites boules nues (environ 1 cm) firent leur apparition.

Le régime alimentaire proposé habituellement (mélanges exotiques + 20 % d’alpiste,

millet rouge en grappe, pommes, concombre, salade) était agrémenté

de pâtée à l’œuf, de pinkies et de vers buffalos décongelés.

Les premiers jours de nourrissage se passèrent idéalement et c’était un

véritable régal d’entendre, en s’approchant de la volière, les piaillements des petits

à l’arrivée des parents pour les nourrir.

Un contrôle discret mais régulier des oisillons me permettait de voir

que les jabots étaient bien pleins et que tout se déroulait normalement.

Malheureusement, la suite fut moins réjouissante …

Au bout de 8 jours, je sentis que les choses ne se passaient pas normalement.

Le mâle poursuivait à nouveau la femelle et la présence du couple dans le nid

ne se faisait que de façon sporadique. En voulant procéder au bagage, un coup

d’œil au nid suffit à me faire comprendre que les oisillons n’étaient plus nourris

et que malgré les températures clémentes de ce mois de juin,

les nuits étant encore fraiches, la vie des mes petits protégés ne tenait qu’à un fil.

Que s’était t’il passé ?

Avaient-ils été dérangés par d’autres oiseaux ?

Un chat ?

Un rapace ?

Que faire ?

 Il était évident que sans une intervention extérieure, le sort des mes

petits Forbes était jeté.

Tant pis, je décidais de les enlever de la volière et de les rapatrier à la maison au chaud.

Je gardais le nid dans lequel ils avaient vu le jour et le plaçait dans une

petite cage dans la cuisine au grand désespoir de mon épouse qui trouvait

que cette passion pour les oiseaux devenait … de plus en plus envahissante.

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De toute évidence, ils avaient faim … terriblement faim.

Je me mis donc à constituer une pâtée de nourrissage à base de pâtée

classique à l’œuf, un peu de rusk trempé dans de l’eau tiède, de la farine

d’alpiste (des grains d’alpiste décortiqués un à un et broyés à la cuillère … un travail

de titan, toute la famille mettait la main à la pâte), un petit peu de miel et

le contenu de quelques vers de farine vivants que je pressais pour en

extraire l’intérieur (ce n’était pas le plus agréable à faire …).

Forbe
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Je commençais à donner cette pâtée maison à la main à mes petits Forbes

qui, affamés, ouvraient le bec comme un four … toute proportion gardée.

Bien nourris, je remettais les petits dans leur nid jusqu’à la prochaine becquée.

 

La pâtée devait convenir car la digestion se passait sans problème et

deux heures après, les piaillements recommençaient, signe d’un appétit grandissant.

Toutes les deux heures, c’était le même scénario, l’un après l’autre, je nourrissais

mes petits Forbes si bien que le nourrissage à la main se révéla rapidement compliqué.

J’optai donc d’abord pour une seringue de petite taille (pipette à goutte pour médicament)

et rapidement une seringue de plus grande taille.

Etant en congés, je passais la plupart de mon temps à m’occuper de mes oiseaux

et les jours s’enchainaient si rapidement que j’avais complètement oublié de les baguer.

Le diamètre préconisé pour les diamants Azuvert étant de 2,5 mm, je ne pus en baguer

qu’un, l’autre étant déjà trop gros pour passer la bague.

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Vint le jour où il fallut que je reprenne le travail.

Comment faire ?

Tant pis, je décidais de les faire suivre.

Tous les matins, je partais au travail avec mes deux oisillons dans leur

nid, la pâtée prévue au nourrissage, les vers de farine vivants et la seringue,

le tout dans un grand sac plastique à l’abri du regard des gens que je croisais.

Je les plaçais discrètement dans un tiroir de mon bureau et toutes les deux

heures (parfois moins, car les piaillements risquaient d’éveiller la suspicion de

mes collègues de bureau), je m’isolais dans un endroit calme et j’officiais à

ma triste besogne.

En grandissant, ils devinrent terriblement voraces et à l’approche de la

seringue, il fallait que je fasse très attention à la façon dont l’embout

rentrait dans leur gosier et surtout … à la pression que je mettais sur le piston de celle-ci.

 

La catastrophe arriva au bout du 20ème jour.

Je perdis un de mes petits protégés au moment du nourrissage.

Trop empressé de manger, l’oisillon (non bagué) s’étouffa avec la pâtée.

La mort fut immédiate ainsi que mon chagrin …

J’appris par la suite, grâce aux conseils avisés d’un ami éleveur (Roger Lucas pour ne pas le

citer) que la pression sur le piston de la seringue devait être fait avec le

bourrelet du pouce et non avec le pouce lui-même pour éviter une trop grande force d’appui.

 

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Déçu PAS BON

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SourireBON

Je continuais donc de cette façon de nourrir mon petit Lazare

(c’est le nom que je lui donnais en référence à celui qui était revenu des morts)

jusqu’à son sevrage complet, c'est-à-dire entre 40 et 45 jours.

Il était totalement apprivoisé.

Il venait chercher les vers de farine que je lui présentais dans mes doigts

et qu’il ramenait dans sa cage pour les manger.

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Quand je fus persuadé qu’il était totalement autonome, je le lâchais dans

la volière avec les siens. Mon petit Lazare était sauvé …

Pendant quelques temps, je gardais une relation bien particulière avec lui.

Il venait sur mon épaule dès que je rentrais dans la volière et n’hésitait à venir

me piquer les oreilles en souvenir du temps passé ensemble.

Cette connivence cessa l’été suivant lorsqu’il s’accoupla avec une femelle

mais j’ai gardé longtemps un œil attendri sur mon petit Lazare.

L’élevage à la main ne changea rien dans son comportement naturel, puisque

pendant trois saisons, il me donna une belle reproduction, toujours bien nourrie

et toujours sauvée.

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Même si cette expérience d’élevage à la main fut terriblement enrichissante,

je ne recommencerai jamais.

Trop d’investissement, trop de responsabilité, trop d’affection …

Lazare est mort de sa belle mort l’été 2013 et pourtant, il n’y a pas une fois

où je vais dans la volière sans l’espoir de le voir surgir de derrière un bambou …

 

François PECHMALBEC

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©Copyright "Entente Toulousaine Ornithologique" 2013, tous droits réservés

L'ARTICLE DU MOIS

 

Les chats tuent des milliards d'oiseaux

 

  • Article du Figaro publié 31 01 2013

 

 

                                                      

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