Le temps de conservation des œufs

Le temps de conservation des œufs

Ghislain AERTS

 

Le jaune de l'œuf est maintenu au centre du blanc par des "cordons" invisibles appelés CHALAZES.  Ces chalazes ont une certaine élasticité et elles ne commencent, dans un œuf sain, à perdre leurs propriétés qu'après une semaine. Donc inutile de risquer d'abîmer un œuf en le manipulant journellement. Personnellement je place les œufs dans un bac à tiroirs de bricolage dans une épaisse couche de graines de bonne taille (genre chanvre, avoine, tournesol noir), et je n’y touche plus jusqu’au matin qui suit la non-ponte d’un œuf. Donc en général comme nos femelles pondent de 4 à 7 œufs, il n’y a quasi jamais aucun œuf qui n’est pas mis en couvaison après plus d’une semaine.

Certains éleveurs défendent une autre théorie sur la question, mais finalement la preuve par l'absurde peut être tentée par tout éleveur. Il suffit de sacrifier une ou deux couvées de canaris. En plaçant des œufs pondus depuis plus de deux semaines sous une femelle de canari vous remarquerez que très souvent il y aura parfois un début de développement de l'embryon mais que le stade de l’éclosion ne sera pas atteint par le fait que la vitalité initiale aura disparu. Encore plus vrai dans le cas de deux espèces diverses (hybrides) car dans ce cas les barrières létales sont d’autant plus efficaces que l’œuf est frais ou vieux.

Mon voisin a hélas fait la preuve par l’absurde avec des œufs de chardonnerets. Il y a maintenant 2 ou 3 ans, il avait un décalage entre les femelles chardonnerets qui pondaient dans ses éleveuses de 80x40x40 et ses couples de canaris. Il avait de nombreux œufs de chardonnerets à mettre à couver mais pas de femelles libres. Quand les femelles canaris se sont libérées, malgré ma recommandation de carrément jeter les œufs entreposés (et retournés) depuis plus de 10 jours, il a tenu à les placer sous canari et à continuer à accumuler les œufs de ses femelles chardonnerets qui pondaient régulièrement. Finalement, ce fut l’hécatombe, les œufs se révélaient tous « blancs ou tournés » et il a donc perdu deux fois plus d’œufs que s’il avait carrément jeté les œufs à la poubelle et fait couver les œufs fraîchement pondus.

Autre petite démonstration de l’absurdité de toucher aux œufs : s’il y avait réellement une obligation de tourner les œufs, je crois qu’il n’y aurait qu’une seule méthode efficace et pourtant pour la façon de maintenir les œufs avant la mise en couvaison, il y a 20 sons de cloches différents… Certains parlent de tenir l’œuf sur pointe d’autres le gros côté en bas, ou  couchés, tournés matin et soir, une fois par jour,…Finalement, sans rien faire et sans risquer de la casse, bon an mal an, j’arrive au même résultat si pas mieux car je ne fais pas d’omelette…Car faut pas rigoler, cela arrive tellement facilement…

Evidemment, certains vont me rétorquer que certaines mésanges, certains canards pondent beaucoup plus d’œufs et que pourtant ceux-ci arrivent tous à l’éclosion. Je répondrai que dans le cas des mésanges, l’étalement des naissances est plus fréquents que chez les autres espèces donc cela impliquent que la femelle reste sur le nid en attendant l’éclosion des derniers œufs pendant que le mâle nourrit toute la petite famille. Donc on ne peut pas vraiment parler de début de couvaison après plus de 2 semaines. La survie des derniers jeunes éclos dépendra souvent de la pullulation ou raréfaction des insectes au moment de l’éclosion. La femelle abandonnant carrément la couvaison des derniers œufs si le rythme des retours au nid de son compagnon s’espace trop. Dès le moment où elle ne ressentira plus les vibrations prémonitoires d’une ultime éclosion, elle se lancera également dans la recherche de nourriture et le doublement du rythme de nourrissage permettra à toute la petite famille d’être gavée. Il est aussi reconnu par les spécialistes que le nombre d’œufs pondus par une espèce augmente quand les conditions de survie de cette espèce sont menacées ou que le laps de temps propice à la reproduction est court. (Cas des femelles du pinson du nord (Fringilla montifringilla) qui ont tendance à pondre un œuf de plus que les femelles des pinsons des arbres de nos contrées. Le nombre d’œufs est fonction également de la facilité de recherche de nourriture, pour exemple : nos femelles de bouvreuils d’élevage qui comme les amateurs le remarquent ont de plus en plus tendance à pondre 6 et parfois même 7 œufs…Le travail de recherche étant nettement plus simple que dans la nature. Les spécialistes du monde animal s’étonnent d’ailleurs de la rapidité avec laquelle les espèces animales savent s’adapter aux situations nouvelles. Pour exemple, le cas du merle noir, oiseau qui était un oiseau des bois à part entière doit maintenant être quasi considéré comme ayant une « sous-espèce » vivant en ville. Alors que le merle des bois a rarement plus de quatre jeunes, il est plus que courant que notre compagnon des jardins ait évolué en taille et ait plus que fréquemment un nid de cinq jeunes.

Autre exemple flagrant le pinson des îles Galápagos  (pinson de Darwin), des sujets de même espèce mais vivants dans des îles proches mais différentes par la luxuriance de nourriture, ont des femelles qui pondent systématiquement 1 ou 2 œufs. Expérience a été faite que si dans des nids contenant un seul œuf, un deuxième œuf était placé, finalement les deux sujets naissaient sans problème mais n’arrivaient jamais au terme de leur développement. Par contre si des œufs pris dans l’île dont les femelles ne pondent jamais qu’un seul œuf étaient placés dans des nids de l’autre île, les jeunes femelles issues de ses œufs ou leur descendance se mettaient quasi systématiquement à pondre 2 œufs. D’où l’évidence de la liaison entre la nourriture et le nombre d’œufs émis. Dans le même rapport, des oiseaux issus d’endroits où la recherche de nourriture est malaisée se révèlent être de piètres chanteurs…Ils n’ont pas de temps à consacrer à cela, puisqu’ils ont besoin de toute leur journée pour se sustenter… Sujet de réflexion qui peut peut-être expliquer le pourquoi du fait que les chardonnerets major sont de moindres chanteurs vis-à-vis des petits chardonnerets du sud…Mais ceci étant une réflexion toute personnelle…

Dans le cas des canards, vous pouvez le demander à de nombreux amateurs de ce type d’élevage, les portées nombreuses sont souvent le fait d’une mère accapareuse des œufs d’une autre femelle ou de deux femelles qui occupent carrément le même nid. Mais il est de toute façon connu que plus le temps de couvaison d’un œuf est long, plus sa vitalité initiale est grande. 

 

                                                                                  Ghislain AERTS

 

 

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  • Article du Figaro publié 31 01 2013

 

 

                                                      

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