La formation des couples dans mon élevage

La formation ds couples dans mon élevage

Aerts GHISLAIN

 

 

         La réussite d'une saison dépend en grande partie des observations que l'éleveur aura faite de ses différents oiseaux durant l'hiver. C'est à mon avis l'aspect que beaucoup d’éleveurs négligent, et c'est peut-être là en fait, la réponse au fait que certains éleveurs réussissent dans n'importe quelle espèce d'oiseaux et d'autres s'échinent avec toujours les mêmes piteux résultats. L'éleveur qui croit que l'élevage se résume à attendre le printemps pour former ses couples et espère réussir, peut abandonner toute prétention de grande réussite. Bien sûr, je ne dis pas qu'il n'aura pas de temps à autre des jeunes,... Mais tout le monde peut tomber sur un couple d'oiseaux exceptionnels.

          Le vrai éleveur est pour moi celui, qui parvient à avoir un pourcentage élevé de couples qui entament, années après années, la nidification. Après, intervient le facteur de réussite avec la météo car souvent, celle-ci vient rendre les choses aisées ou impossibles. Et le même couple peut donc vous donner 8 jeunes en 2 couvées et l'année suivante tenter 3 couvées pour ne finalement donner que 3 ou 4 jeunes. Il faut bien se dire que dans la nature c'est exactement pareil, si un orage ou une semaine de pluie continuelle coïncide avec la sortie du nid, peu d'oisillons en réchappent. De même si une merlette tente une couvée précoce, un brusque refroidissement peut mettre sa saison à néant car elle sera totalement  perturbée dans son cycle. C'est d'ailleurs pour cette raison que personnellement je n'aime pas lancer mes oiseaux trop tôt dans l'élevage car en province de Liège, les soubresauts de température sont fréquents durant le mois d'avril.

         J'ai précisé "province de Liège"  parce que mes amis de Mouscron ou du Limbourg sont toujours 2 à 3 semaines plus précoces et les éleveurs fagnards, eux doivent patienter jusqu'à début mai.

         Tous les manuels ornithologiques donnent toujours invariablement comme saison de nidification pour notre pinson des arbres : "d'Avril à Juillet"  et bien moi je crois que la nature de notre plateau de l’Eifel les contredits 7 fois sur 10.

          Donc, personnellement je pense déjà à mes accouplements début octobre, car mes jeunes oiseaux doivent à ce moment être séparés des oiseaux ayant des liens de parenté trop étroits. Sauf évidemment si mon choix est de pratiquer la consanguinité étroite avec certains de mes sujets. Mais en général, je sépare donc frères, sœurs, et parents. Pourquoi cela?  Simplement parce que je crains toujours que se créent des affinités entre des oiseaux qui ne pourront pas être accouplés ensemble le printemps venu.

           Les oiseaux placés dans un même box, volière acceptent toujours les mêmes compagnons pour se mettre à table et ils ont également toujours leurs rivaux... donc méfiance. Des liens se tissent et il est parfois malaisé de détricoter un couple qui s'est formé naturellement. De plus, souvent les deux partenaires s'ils sont placés avec d'autres partenaires risquent de se chamailler durant toute la préparation à l'élevage.

           Pour la formation proprement dite de mes couples je pratique de deux façons totalement différentes.

            Les couples obligés ou l'union libre....

 

           Couple obligé????

 

J’utilise ce terme pour les couples sur lesquels je compte pour me donner telle ou telle mutation. Donc je m'explique, j'ai un seul mâle porteur de brun que je vais donc utiliser avec une femelle brune, pour ce faire je vais réunir ces deux oiseaux dès le mois d'octobre et les placer seuls dans un box. En général, ils vont s'ignorer pendant quelques semaines et puis soudain on pourra remarquer que les oiseaux vont dormir sur la même perche ou dans le même coin du box, et que le déplacement de l'un est quasi systématiquement suivi du même déplacement de l'autre. À ce moment, on peut aisément voir si le couple est bien "marié" en introduisant un autre couple d'oiseaux dans le box. En général, les partenaires n'accepteront pas la présence d'un des nouveaux entre eux deux sur le perchoir ou à l'endroit de ravitaillement. On peut dire que notre couple est formé. Je crois même que la présence de nouveaux oiseaux dans le box peut parfois précipiter les choses.

 

 

          L'union libre????

 

Cette année je vais utiliser trois mâles agates dans mon élevage et fin octobre je les ai placés avec trois femelles de bonne taille. Ils sont donc libres de se choisir le ou la partenaire de leur choix. Peu m’importe, puisqu’il n’y a pas de risque de consanguinité.

Nous sommes mi-décembre et chaque soir 2 couples dorment côte à côte. Si les deux derniers ne se rapprochent pas bientôt, je pratiquerai de cette manière: Je retirerai les couples formés et réintroduirai un nouveau duo dans le box. Il est à peu près sûr que les premiers occupants voudront rester dominants par rapport aux nouveaux venus, et pour cela, ils s'allieront pour défendre leur priorité de passage à la mangeoire. Donc vraisemblablement, leur alliance momentanée (maximum une journée ou deux) suffira à les rapprocher et à en faire un vrai couple... Tout ceci peut vous paraître tiré par les cheveux mais personnellement je crois pouvoir dire que cela marche.

       Un autre exemple, j'ai une femelle de chardonneret de 2004, qui vient de perdre son mâle fin octobre, le jeune mâle que j'ai replacé avec elle dans une volière où ils cohabitent avec une quinzaine de canaris, a toujours semblé être ignoré par la femelle. La semaine passée, j'ai retiré le mâle pour le faire juger en exposition. Durant tout le week-end, la femelle sifflait de manière plaintive et ce lundi, quand j'ai relâché le jeune mâle, la femelle l'a accueilli par des balancements d'épaules et rotations de queues sur le  perchoir et elle le suivait partout dans la volière. 

          Chaque méthode est bonne si elle donne de bons résultats, ici j'ai donné mon avis sur la formation des couples dans l'élevage d'oiseaux indigènes. D'autres éleveurs préconisent d'autres méthodes, et laisse l'ensemble de leurs oiseaux en volière commune jusqu'à la fin de l'hiver. Qu'ils ne soient pas étonnés dès lors d'avoir des bagarres incessantes lors de leur formation de couple. Pour moi l'éleveur qui travaille toute sa semaine, doit savoir garder moins d'oiseaux, se spécialiser dans une, deux, voire trois espèces et ne pas oublier que pour réussir en élevage, il doit journellement visiter ses volières,

        Souriez, mais je connais encore des "éleveurs" qui durant la mauvaise saison ne fréquentent que 2 ou 3 fois par semaine le local d'élevage...Et même d'autres qui ne reprennent des oiseaux qu'au printemps et revendent tout dès septembre.

        J'en connais d'autres qui au contraire, vous donneront la généalogie complète et quasi le numéro de bague de chacun des oiseaux qui se trouvent dans leurs boxes, rien qu'en observant leurs manières de se déplacer. Et cela malgré qu'ils possèdent quasi 100 oiseaux de la même espèce. Ceux-là vous diront presque les graines que tel ou tel préfère, c'est ces éleveurs-là qui réussissent chaque année.

       Pour moi, il n'y a donc pas de secrets. Comme on l'entend trop souvent.

      J'ai un ami italien, Marco Novelli, qui, pour moi, est un phénomène, il est capable de réussir l'élevage de quasi n'importe quelle espèce dès sa première année d'élevage. Il décide de se lancer dans l'élevage de gros-bec, et hop, il réussit 7,8 jeunes avec un nouveau couple d'oiseaux. Ses secrets: L'observation et le calme. En fait malgré qu'il soit italien, on pourrait dire de Marco qu'il est flegmatique comme un anglais. Et je crois que ses oiseaux ressentent ce calme et cette absence de stress.

 

AERTS GHISLAIN

Traducteur du livre « Il cardellino » de Massimo Natale

©Copyright "Entente Toulousaine Ornithologique" 2013, tous droits réservés

 

 

 

L'ARTICLE DU MOIS

 

Les chats tuent des milliards d'oiseaux

 

  • Article du Figaro publié 31 01 2013

 

 

                                                      

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